Il n’y a rien de plus cosmopolite que le symbole ;

Qui est par essence Universel.

Baudelaire

 

J’ai choisi cette apostrophe pour introduire mon propos sur l’usage symbolique de l’épée dans le cérémonial maçonnique.

 

Faisons un peu d’Histoire :

La Grande Loge de Londres de 1717 ne tire pas son origine des Loges opératives d’Écosse, mais elle est bien une formation rassemblant des intellectuels désireux de prolonger par d’autres voies les travaux menés au sein de la Royal Society.

Notre Obédience se reconstruit en 1773 sur les décombres de la Grande Loge du royaume de France, installée en 1728.

Chaque Loge dorénavant adoptera le principe de l’élection du Vénérable Maître par ses pairs et, le convent annuel sera l’organe législatif.

Bouillonnement démocratique qui est un choix politique.

Après le principe de Liberté vient celui d’égalité des droits en Loge.

C’est dans cet esprit qu’il est décidé en plus du tablier le port symbolique de l’épée sur les colonnes, illustré par le cordon.

Les métaux devant rester à la porte du Temple ?

Le récit mythologique décliné en sept scénarios culturels a été classé et codifié en 1785. Système rituel symbolique propre au GODF qui va inviter à rêver sur les Rêves, et cela suivant la plaisante expression de Bachelard.

 

Le maître mot a été lâché, Culture !

 

On est porté à penser que les cultures humaines sont par essences diverses et que celles-ci s’organisent aussi autour de mythes, légendes et symboles. 

Cette donnée nous devons l’accepter comme celle de l’histoire qui ne fournit pas de solution, mais qui permet de poser correctement l’inventaire d’une situation donnée.

 

Voici l’inventaire que j’ai fait de l’épée.

 

La maîtrise de la métallurgie du bronze permet de fabriquer le glaive du guerrier dès la première moitié du deuxième millénaire (Av J-C)

Dans le monde gréco-romain, le texte d’Homère vise la satisfaction du lecteur et non l’édification d’un modèle humain (VIIIème siècle av J-C, l’Iliade et L’Odyssée, texte qui décrit la guerre perpétuelle mais aussi un voyage initiatique du héros Ulysse, sans doute pour reconstruire sa vie d’Homme). L’héritage culturel sacré légué par la Grèce a été reçu par Rome sans grande modification majeure sauf à avoir institué le droit du glaive autorisant, Empereurs et  Sénateurs à exercer le droit de vie ou de mort.

 

Saint Paul, dans ses épitres aux romains, rappelle qu’il n’y a point d’autorité qui ne vienne de Dieu ! Et, que pour tirer vengeance et punir celui qui fait le mal : Rien n’est possible s’il ne porte l’épée qu’en tant que ministre de Dieu, pour légitimer l’acte de porter la mort.

 

Le monde du Moyen Age a convoqué la communauté des forgerons pour la fabriquer, et offrir la richesse à celui qui détenait le pouvoir.

 

L’épée de lumière est emblématique du pouvoir temporel et spirituel, elle est l’arme du roi, du chevalier, du saint ou du bourreau, elle est un objet d’une extrême simplicité formelle, mais ses fonctions relèvent d’une extraordinaire complexité.

Elle conjugue à la fois puissance et finesse dans ses usages matériels qui outrepassent ceux de la seule guerre.

 

Voici un texte référence :

« Roland frappe sur pierre dure (...)

L’épée grince fort, mais ne se casse ni se brise (…)

Eh ! Durandal, comme tu es belle et si sainte !

Dans ton pommeau à or, il y a bien des reliques (…)

J’aurai par toi conquis de grandes terres,

Qui maintenant sont à Charles à la barbe fleurie ;

L’empereur en est célébré et puissant »

Ces quelques vers synthétisent tout ce que représente la réalité de l’imaginaire.

 

L’épée littéraire a irrigué notre apprentissage culturel, attachée au héros qu’elle accompagne, elle peut devenir elle-même un personnage de roman.

Les noms de Durandal et d’Excalibur sont aussi fameux que ceux de Roland et du roi Arthur.

Les utilisations de l’épée semblent infinies, elles conjuguent puissance et finesse, de là son poids symbolique et mythique et qui n’a rien perdu de sa force aujourd’hui.

 

 

En Loge

Le Vénérable Maître est investi du pouvoir d’autorité, les deux symboles représentatifs de sa charge sont, le maillet et l’épée placé sur le plateau.

Lors de la cérémonie de réception, le récipiendaire est adoubé à l’aide de cette formule : « Au nom et sous les auspices du GODF, part les pouvoirs dont je suis investi, je te reçois, fais et constitues Apprenti Franc-Maçon de Rite français Philosophique »

 

La pratique rituelle nous prépare à ce qui nous sépare et dans ce voyage de l’esprit nous devenons les acteurs vivants d’un rituel qui a trois siècles de fraternité.

Il ne faut pas confondre Mythe et rituel.

Le mythe relève des êtres du temps passé, souvent d’ordre surnaturel, tandis que le rituel relève d’une interaction directe avec un ou plusieurs instructeurs vivants.

Le récit mythologique des rituels combine symboles, allégories, et de manière unique une spiritualité mise en perspective dans une tragédie « vétérotestamentaire judéo chrétienne »  en plusieurs scénarios, écrit au siècle des Lumières. A cette période le lien est rompu avec le divin et le Maçon avait des droits simplement parce qu’il était Homme.

 

Si il y a bien un profit d’apprendre à comprendre les cultures disparues, cultures qui ne sont pas que des hypothèses, les valeurs véhiculées par elles sont recevables. Aujourd’hui elles ne peuvent apporter de solutions aux problèmes du jour mais en tout cas elles peuvent nous aider à mieux comprendre le monde.

Pour illustrer mon propos voici un extrait du discours d’André Malraux au titre évocateur : L’Homme et la culture artistique.

« Nul d’entre nous ne sait vraiment dans quel état d’esprit un fellah regardait son travail et peut-être n’y-a-t-il rien de commun entre la façon dont on regarde cette œuvre et dont elle fut regardée quand elle fut accomplie.

L’Art transforme notre Liberté, et si nos dieux sont morts et nos démons bien vivants, la culture ne peut évidemment pas remplacer les dieux mais elle apporte l’héritage de la noblesse du monde des vivants ! 

L’Homme se lève enfin et son destin s’arrête »

 

Rien à ajouter !

Sinon dire, que le savoir est un devoir et qu’il permet de se libérer des scories de la croyance partisane tout en permettant de se confronter à sa liberté.

 

En Loge de Théorie, le travail sur soi s’enrichit de la parole de l’autre et favorise de belles rencontres humaines. De midi à minuit les débats rendent fécond la turbulence des contraires en présentant ce qui est précieux dans la différence.

 

La Loge a vocation universelle c’est très utile dans la période présente ou les prétendues certitudes ainsi que les doctrines singulières et les idéologies fanatiques, dominent le village monde et menace notre vivre ensemble.

 

 

COMMENTAIRES

 

Au-delà des tentations actuelles de la société libérale qui accrédite le multiculturalisme et  le communautarisme religieux.

La société mondialisée produit un individu/citoyen, qui majoritairement admet l’écart grandissant entre les nations, justifiant ainsi les nantis et les exclus. Ce n’est pas là le résultat d’une méchanceté mais d’un conformisme sociétal propre aux holdings financiers, qui ne proposent pas de citoyenneté du futur à ses salariés et s’installe progressivement le désordre intellectuel.

 

 

L’exemple du mythe de SISYPHE

Dans la mythologie grecque, roi de Corinthe, célèbre pour ses fourberies. Selon L'Iliade, Sisyphe habitait Éphyra (la future Corinthe) et était fils d'Éole (l'ancêtre éponyme des Éoliens). Lorsque Zeus eut enlevé Égine, la fille du dieu-fleuve Asopos, Sisyphe dénonça le ravisseur au père de la jeune fille, s'attirant de la sorte la colère du roi des dieux qui décida de le tuer. Mais lorsque la Mort vint le chercher, Sisyphe parvint à l'enchaîner et, pendant un temps, personne ne mourut plus. Il fallut qu’Hermès descendît enfin au secours de la Mort, et Sisyphe dut alors se soumettre. Toutefois, il avait pris soin auparavant d'ordonner à sa femme, la Pléiade Mérope, de ne pas célébrer les sacrifices rituels et de laisser son corps sans sépulture : ainsi, lorsqu'il arriva aux Enfers, on lui donna la permission de retourner sur terre pour la châtier de cette impiété. Une fois rentré chez lui, il reprit son existence, peu soucieux de retourner chez Hadès, et vécut jusqu'à un âge avancé. Quand il mourut pour la seconde fois, les dieux lui imposèrent un châtiment qui prît tout son temps afin de l'empêcher d'inventer quelque évasion : il fut condamné à pousser éternellement en haut d'une colline un énorme rocher qui dévalait à nouveau la pente dès qu'il avait réussi à le hisser au sommet.

Selon une tradition posthomérique, il passe pour être le vrai père d'Ulysse. En fait, Sisyphe était, comme Prométhée, un personnage mythologique extrêmement populaire, le type même du rusé ou du roublard, puni à tout jamais chez Hadès pour avoir osé berner la Mort.